Laura Ferrari

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Laura Ferrari

Ça fait longtemps que je veux vous parler d’elle.

Laura c’est Laura Ferrari, C’est La Baita Rifugio Casimiro Ferrari. C’est une femme engagée, une battante, une résiliente. C’est une femme que j’aime beaucoup.

Elle nous reçoit chez elle à Piani dei Resinelli . Un refuge qu’elle gère accompagné de Paulo son collaborateur et… de ses deux chiens eurasiens. Il y a aussi la belle Iris ! Elle est devenue une chef cuisinière hors pair. Elle est surtout très attachante et aventureuse, elle a hérité du caractère de son père comme elle se plait à le dire. Pendant notre séjour, à chaque repas, (si on avait pu faire plus…) on réussit à lui soutirer des brides de son histoire, de sa vie.

Laura est la fille de Casimiro Ferrari. (d’où le nom de son refuge… et pourtant) Évidemment, pour moi qui prend onze heures à monter et descendre une montagne que la plupart des gens de la région fait en moins de trois heures, le nom de son père ne m’évoque absolument rien. Alors c’est là que Laura nous raconte :

Casimiro Ferrari, est un des plus grand alpiniste italien du xxe siècle. Il est célèbre pour les ascensions qu’il réalise en Patagonie dans les années 1960 et 1970 mais il a grimpé jusqu’à la fin de sa vie à l’âge de 53 ans. Il est mort à l’âge de 61 ans d’une pneumonie et non d’un cancer comme ils écrivent partout. Dans la vingtaine il rencontre ma mère, ils ont deux enfants mon frère et moi. En 1965, il se rend pour la première fois en Amérique du Sud, un voyage qui marque de manière indélébile sa future carrière et c’est l’année où je suis née.

Wow Laura, c’est impressionnant ! C’est ton père ? Je n’avais pas compris ça car sur toutes les photos sur les murs de ton refuge, c’est lui mais à la Terre de Feu, en Amérique du Sud….

Il est fait Chevalier de la République italienne pour ses exploits, en 1974. Il s’est repris par trois fois pour faire l’ascension du Cerro Torre , le cri de la roche, un sommet en Pantagonie. Par deux fois, il n’a pu aller jusqu’au bout. Il est revenu ici à Resinelli et pendant deux ans, cette montagne l’obséda. Il a réussi à convaincre la ville et ensuite les autorités de Lecco en leur assurant que la troisième fois ce serait la bonne. Pendant deux ans, il a monté son équipe et le 14 janvier 1974, il atteignait le sommet en marchant exactement 80 pas par jour…

Je ne l’ai pas cru tout de suite. C’était gros comme histoire et pourtant elle nous racontait tout ça avec beaucoup d’humilité et presque détachée, comme si c’était loin d’elle, comme si c’était la vie d’un autre homme. (Depuis j’ai fait mes recherches et j’ai trouvé)

– Tu devais être très fière de lui ?

À l’âge de 18 ans, j’ai très vite compris que tout le travail qu’on accomplissait, ma mère, mon frère et moi ici à Resinelli était juste pour lui ,pour sa passion et pour ses obsessions… et je suis partie. Je suis partie dans la montagne gérer un refuge, moi toute seule. Cela a duré trois ans. C’était difficile mais je suis la fille de Casimiro Ferrari et je me suis battue fièrement. Les hivers étaient durs. Un matin, je me suis levée et aucune lumière ne rentrait dans la maison. Il était tombé quatre mètres de neige pendant la nuit. La neige recouvrait toute la maison jusqu’au toit. J’ai ouvert une fenêtre et avec mes mains j’ai creusé un tunnel…. très long pour réussir à me sortir de ce piège. J’ai creusé durant des heures et puis lorsque j’ai pu sortir la tête, j’ai glissé sur le flan de la montagne jusqu’au village le plus près.

– Ouf…

– Je ne l’ai presque pas revu. Quelques années plus tard, mon père a tout vendu, sa petite entreprise de matériaux et la maison. Il est venu avec deux grands containers, il a ramassé tous les objets, souvenirs, photos, meubles et il est parti vivre en Amérique du Sud . Il a laissé ma mère seule avec mon frère…. à la rue. À ce moment-là, j’ai dit à mon frère qu’il fallait absolument acheter une maison pour sauver l’honneur de ma mère.

– Mais Laura avec tout ce que tu me racontes, comment ça se fait que ton refuge porte le nom de ton père et qu’il est rempli de souvenirs, d’articles et de photos… sur tous tes murs ?

– En 2011, la ville de Lecco, qui s’est fait connaître beaucoup grâce à mon père a voulu le commémorer. Ils ont fait une fête, ils ont demandé à tous les habitants de la région s’ils avaient des souvenirs de mon père (car nous, nous n’avions plus rien ). Ils ont retracés tous ses exploits, trouvés plein de photos et ils m’ont demandé de faire de mon refuge, l’endroit pour se rappeler de lui… je n’ai pas eu le choix… c’était mon père après tout.

– C’était un grand homme ton père…

– Aujourd’hui, je peux t’en parler ouvertement et tout est positif, mais demain, je ne sais pas comment sera la journée et il est possible que je crache sur lui. Ça dépend des jours. C’était un grand alpiniste mais pas un grand homme.

Je ne connais qu’une infime partie de son histoire… j’aurai aimé l’écouter durant des heures, des jours. J’aime cette femme. C’est ça aussi les voyages…

Cette publication a un commentaire

  1. Frederik

    WoW! Quelle rencontre formidable. Et quelle histoire!!

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