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Le désert

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J’y serais bien resté plusieurs jours, mais je n’avais qu’une seule nuit de planifiée. Tout était magique. Et ceux qui savent…savent. Le désert a ce genre de magie silencieuse, spectaculaire, et qui te rentre dedans sans prévenir.

Il y a quelques années, en tournée avec mon amie Janine Sutto, elle m’avait confié qu’elle était allée là-bas. Dans le désert. Janine… qui dort dans le Sahara à un âge déjà bien avancé…je ne me souviens plus exactement quel âge, mais c’était pas rien. Alors je m’étais dit : un jour, je ferai comme elle. Moi aussi, j’irai dormir dans le désert.

Le désert, c’est lent. C’est un silence plein. Et le crépuscule approche.

Après une heure ou deux de contemplation, on se prépare pour l’excursion. Celle que tout le monde fait. La fameuse. Un peu cliché, oui, mais franchement amusante. Il faut l’avouer.

Armand, Monique et leurs deux collègues…des dromadaires, évidemment…arrivent de loin, en file indienne d’un pas plutôt indifférent à notre excitation. Armand est le dernier de la file. Il est grand, sombre, et visiblement pas d’humeur. C’est lui qui est associé à Bernard. Bernard, est le premier à monter… puis à redescendre…

Pauvre Armand. En voulant se redresser, il s’est pris la patte dans l’attelage du dromadaire devant lui. Résultat, il perd l’équilibre, avec Bernard toujours sur son dos. En une fraction de seconde, le guide surgit et attrape Bernard au vol, juste avant qu’Armand ne tombe sur lui. Bon… ce n’était pas drôle…Mais j’ai tellement ri. C’est juste que tout était absurde, un peu de travers, comme une scène de film exagéré dans un décor de sable blond. Bernard riait lui aussi.. enfin, je crois. Armand, beaucoup moins.

J’ai ri, oui. Mais beaucoup moins quand le guide m’a regardé et m’a dit que c’était moi qui monterais finalement sur Armand. Et je te jure… Armand non plus n’avait pas envie. Il n’a pas aimé du tout sa petite promenade sur le top des dunes.
Dès qu’on a pris la route vers le coucher du soleil, il s’est mis à faire des changements de cap, à traîner la patte, puis à vouloir dépasser tout le monde. Sérieusement. Il voulait être le premier, ça se voyait. Il tirait à gauche et à droite.

Bernard ouvrait la marche maintenant et il essayait désespérément de garder le contrôle sur sa Monique qui, elle, n’avait qu’une idée en tête…brouter tout ce qu’elle trouvait de vaguement vert dans ce désert.
Et faut me croire… des petits buissons verts, y’en a juste assez pour que Monique les repère toutes.
Mais le guide, lui, a tout vu et il n’a pas hésité une seconde. Aussitôt qu’on s’est arrêté, il a fait couché la caravane, il a attrapé la bride d’Armand, l’a regardé droit dans les yeux et il l’a échangé.

Hector

Contre Hector.

Hector, lui, régnait sur un autre groupe de touristes, de l’autre côté de la dune, pendant qu’ils regardaient ce magnifique coucher de soleil.
Hector ne s’attendait pas à faire ma connaissance et moi non plus, à vrai dire.

J’ai pas trop bougé pendant le reste de la balade.
J’ai pas trop parlé non plus. Mais j’ai beaucoup regardé.

Le matin, le désert est encore froid. On ne s’attend pas à ça. On pense chaleur, soleil brûlant, mais non…au lever du jour, c’est presque l’hiver en plein mois de janvier…et on était en plein mois de janvier… Le sable est froid sous les pieds. Pas un bruit. Juste le souffle léger du vent et, parfois, le pas lent d’un dromadaire quelque part au loin…

Oui. J’aurais aimé que ce soit ça.

En réalité, c’était plutôt le pas lent… et lourd…de six dromadaires qui venaient chercher nos amis touristes, ceux avec qui on partageait le camp. Et honnêtement, à six heures du matin, il n’y avait aucun silence. Zéro. Une vraie colonie. Ça parlait fort, ça riait bruyamment et ça débattait sur la randonnée qu’ils allaient avoir.

J’étais un peu déçu, sur le moment. On avait droit à un petit-déjeuner d’ambiance club Med, version Sahara. J’ai failli gueuler. Et puis non. J’ai laissé faire. Parce qu’au fond, même ça, ça fait partie du voyage.

J’ai attendu qu’ils partent. Lentement, le camp s’est vidé. Les voix se sont éloignées. Le sable a retrouvé sa respiration. Et là, seulement là, le désert s’est ouvert un peu. Pas complètement. Juste assez pour que je me sente à ma place.

Au matin, je sais que Bernard s’est vraiment cassé les côtes en tombant du dromadaire. Il a eu mal jusqu’à la fin du voyage… il respirait en biais, il riait mais à moitié fort, et il dormait uniquement sur le côté droit.

Et comme si ça ne suffisait pas, quelques jours après notre escapade dans le désert, à Casablanca, l’ascenseur de l’hôtel a décidé d’être un peu trop rapide.
Tu vois, ces portes qui se referment trop vite, trop fort, comme si elles voulaient te tester ?
Eh ben elles ont testé Bernard.

Plein fouet. Sur ses côtes cassées.

Je t’assure, je n’ai pas ri cette fois-là.

… Enfin, juste un peu. Par en dedans…

Merci Maroc

Cet article a 5 commentaires

  1. France Ouellet

    hum j’aime pas les dromadaires, ces camélidés un peu hautains et qui foutent Bernard, qui est si gentil, par terre. et ils doivent sentir les dromadaires, forcément.
    Par contre, la beauté des paysages et j’adore « le sable a retrouvé sa respiration », t’écris vien ma Lou. Je ressens ton émotion.
    Merci encore pour ces photos exceptionnelles et ce récit pas ennuyant. 💕😘

    1. louarteau

      hahaha, je ris….. encore….

  2. Francoise capdet

    J’espère que Bernard s’est remis de ces côtes cassées ! Encore un merveilleux récit de voyage J’adore ! 😊 et oui un jour moi aussi j’irais dormir dans le désert mais avec mes amis locaux !

    1. louarteau

      Les côtes sont arrangés je te rassure. Je te souhaite cette belle nuit dans le désert ! Tellement l’fun !

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