
J’ai eu beaucoup de misère à te trouver. Et pourtant, je t’ai cherché…
En arrivant à Glasgow, avec seulement deux jours pour visiter la ville, je savais bien que je ne te trouverais pas au restaurant du matin, ni à l’université, ni au cimetière, ni à la cathédrale, ni même dans ce charmant petit quartier d’Ashton Lane. Bref, dans une grosse ville, je partais avec un léger désavantage.
Bernard, lui, ne semblait pas troublé par la situation. Le premier matin, il dégustait calmement ce qu’il appelle encore aujourd’hui (et il le dit souvent) le meilleur déjeuner de sa vie : un boudin noir absolument mémorable, au Mesa. Pendant qu’il vivait un moment gastronomique historique, moi je continuais à te chercher. Je ne t’ai pas trouvé, mais au moins, Glasgow selon Bernard lui a offert son boudin.





Ensuite, les journées qui ont suivi, surtout la première sur la route en pleine campagne, il a fallu apprivoiser la conduite à gauche. Honnêtement, on n’avait vraiment pas le temps de regarder dans les champs pour voir si tu t’y cachais. On essayait déjà de rester du bon côté de la route.Il faut dire qu’on appréhendait énormément le moment de prendre le volant chez toi, en Écosse. Bernard a failli annuler le voyage une dizaine de fois, juste à l’idée qu’il faudrait conduire. Et moi, en l’écoutant paniquer mais en refusant d’annuler, je m’imaginais déjà au volant, les mains crispées, exactement dans le même état de panique.
Finalement… sortir de Glasgow a été le seul moment un peu stressant. Et encore. Trois coins de rue, deux petits échangeurs d’autoroute et hop, nous voilà sur les routes. L’adaptation s’est faite presque automatiquement. Super facile.

Sally
Et puis on a roulé.
On a pris un traversier, peut-être même deux, et l’île d’Islay est apparue. Grande, verte, un peu sauvage. Une route à peine assez large qui serpente dans le paysage, une odeur d’herbe mouillée… et un peu de pluie.
Les routes, là-bas, sont vraiment uniques.
Une seule voie. Quand une voiture arrive en sens inverse, quelqu’un doit se tasser dans une petite ouverture sur le côté pour laisser passer l’autre. Au début, c’est surprenant. Après quelques kilomètres, ça devient presque un jeu.
Une activité était prévue : naviguer vers la péninsule d’Oa et surtout faire une orgie de fruits de mer sur le bateau. Grosse déception lorsque l’excursion a été annulée, surtout pour l’orgie…
Alors on a décidé de rester simplement sur Islay, explorer l’île. Se perdre un peu.
Le Monument Américain ?…ah oui ok, la description nous a attirée:
« Juste avant d’y arriver, vous profiterez d’une vue imprenable sur les falaises. Vous aurez une vue sur la mer entre l’Irlande et Islay »
C’était définitivement pour nous.
Pour s’y rendre, une route qui se faufile entre les champs. Mais très vite, il faut composer avec une véritable collection de nids-de-poule. On ralentit, on contourne, on négocie chaque trou. Et puis, en plein milieu de nulle part, une cabine téléphonique rouge. Plantée là. Droite. Imperturbable. Comme une vache… mais version urbaine. Comme si quelqu’un avait oublié de l’enlever depuis l’arrivée des cellulaires…
On s’est arrêtés. On est sortis de la voiture. Devant nous, le sentier montait doucement vers le Monument Américain. Alors on a commencé à grimper. Et durant l’ascension… au loin, après quelques pas dans l’herbe mouillée, je t’ai enfin vue.
Toi et tes amies, des Highlands, plantées là comme si la montagne vous appartenait. Tu nous a regarddé avec un calme absolu. Nous, comme deux vieux fous, on t’a mitraillé de photos comme si on n’avait jamais vu une vache de notre vie. Tu étais là, immobile, à nous regarder comme si tu nous connaissais déjà. Comme si tu pensais :
«Tu n’es pas la première, et certainement pas la dernière touriste que je vois passer ici».
Tu avais probablement raison.Tu nous as observés quelques secondes, puis tu es retournée à ton herbe.Comme si notre présence ne changeait absolument rien à ta journée.Et à cet instant précis, dans ce paysage immense, sous cette pluie légère, le bonheur était simplement là..
Pour nous.