Chronique en cinq vaches : Rachel

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Rachel,

Bon.

On ne va pas se mentir, toi et moi.
Tu arrives après Sally.

Et ça, c’est pas rien.

Parce que Sally, c’était une surprise.
Une révélation, même.
Un moment un peu absurde que j’ai décidé de prendre au sérieux.

Mais toi…toi, tu confirmes un problème.Je commence à organiser mon voyage autour de vous.

Je roule, oui et je vois plein de merveilleux endroit. Tobermory, Iona, Les trois lacs…Je regarde les paysages, bien sûr. Je m’émerveille devant le vert, les montagnes, les nuages qui font leur show…

Mais intérieurement, ce que je me dis vraiment, c’est :
« OK, mais elle est où la prochaine vache ? »

C’est gênant.

Et là, tu es apparue. Pas dans un décor de rêve, non.
Pas au sommet d’un truc spectaculaire qu’on encadre et qu’on partage.

Non.

En face, l’autre côté du chemin, deux bateaux échoués.

Vrai.
Gros.
Deux qui ont clairement raté leur coup.

Franchement, Rachel…
on ne pouvait pas faire plus dramatique.

Les bateaux sont là, ouverts, fatigués, un peu pathétiques, faut le dire.
On dirait qu’ils essaient encore d’exister, mais qu’ils n’ont plus vraiment de plan.
Et moi, évidemment, je tombe dans le panneau. Les épaves, c’est toujours attirant.

Je les regarde comme si j’allais comprendre quelque chose de profond.
Je prends des photos.
Je tourne autour.
Je fais ma grande introspective de bord de mer. Et je m’amuse à photogâcher le lieu. Pendant que toi…Tu manges.Avec une constance admirable.

Je regarde les bateaux.
Je te regarde, toi.
Je regarde les bateaux.
Je te regarde.

Et il y a un contraste qui commence à me déranger. Eux, il ont voulu aller quelque part.
Toi, non.

Et pourtant,
ils sont coincés,
et toi, tu es parfaitement à ta place.

Je te trouve brillante, Rachel.
Honnêtement. Pas brillante dans le sens impressionnant.
Brillante dans le sens… juste.

Tu ne cherches rien.
Tu ne forces rien.
Tu ne te racontes pas d’histoire.

Tu manges.

Et moi, pendant ce temps-là,
je me raconte des récits complets devant des épaves en train de pourrir.

Je pense que tu vois le problème.

Tu m’as regardée.
Deux secondes.

Un regard tranquille.
Pas impressionnée.
Pas curieuse.
Pas concernée.

Un regard qui dit :
« oui, oui, une autre. »

Puis tu es retournée… manger.

Et moi, je suis restée là.

À côté de deux bateaux qui n’avancent plus
et d’une vache qui n’a jamais essayé.

Et étrangement,
c’est toi qui me semblais avoir tout compris.

Depuis Sally, je pensais que c’était un hasard.

Mais là, Rachel…

Je commence à croire que vous êtes organisées !

Cet article a 2 commentaires

  1. Claire Lamarre

    Merci de partager tes souvenirs avec nous. Lou ton écriture est comme un bon café le matin, agréable, ronde et chaude. Elle crée un moment en suspens dans ce monde fou. Merci Belle Lou

    1. louarteau

      Oh Claire comme c’est beau et gentil de prendre le temps de me le dire. Merci merci merci xxx

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