
Jonquille, je ne sais pas ce que tu fais là, en travers de mon chemin vers l’île de Skye. Moi, je suis partie pour vivre quelque chose de grand, de spectaculaire, de genre “ça va changer ma vie”…c’est ce qu’ils disent… T’es là, tranquille, posée, comme si t’étais l’attraction principale, alors que toi et ta gang vous êtes clairement pas des Highland, vous êtes quoi, des touristes, une erreur du GPS ou tout simplement une grosse diversion !!!
On a trois jours pour explorer l’Ile de Sky alors mon Bernard, on se lève ! On part donc à six heures, trop tôt pour être brillant mais assez tôt pour être ambitieux. Je sors le drone, mon premier vol en Écosse, un bateau échoué, une lumière parfaite, un moment choisi. Je me dis ça y est, c’est mon angle, ma shot, mon unicité…pendant 12 minutes j’y crois solide, pis après ça ça se gâte…clairement on est pas tout seul à penser pareil… le monde arrive aussi bien équipé que moi… alors je remballe mon petit drone et reprend la route… mais pas déçu, j’ai ce qu’il me faut…
Ensuite, Glenfinnan, parce que oui, c’est le train d’Harry Potter, parce que oui, je voulais absolument y être, parce que oui… j’aime les trains, faut croire que ça suffit comme raison. Alors on arrive d’avance, très d’avance, ridiculement d’avance. Presque trois heures dans un champ, dans la bouette de la veille et pas n’importe laquelle, celle qui t’aspire tranquillement vers le fond. Pendant que j’essaie de garder une dignité minimale alors que je m’enfonce lentement mais sûrement dans la terre écossaise, ma botte de marche rouge, bien fière au départ, devient brune, genre camouflage involontaire. Je me dis bonne idée Lou, encore un moment magique en préparation, encore une preuve que tu fais les bons choix… ou presque. Parce que le train n’arrive pas, pas tout de suite, pas pantoute même, pis on attend, longtemps, assez longtemps pour commencer à regretter.
Puis là, sans prévenir, comme si on n’y croyait plus, on entend la sirène au loin, un petit frisson, un “ah ben voyons donc”, yé, il va arriver, il arrive, il est arrivé… et quand il passe, après six secondes, c’est fini, terminé, envolé, merci bonsoir.
Ben moi je suis contente pareil, je souris comme si ça avait duré une éternité, parce que rendu là t’es déjà trop investie et bouetteuse pour reculer.
Et rebelote, c’est le retour de la pluie, pas une pluie fine et élégante, non, la grosse grosse pluie et de retour sur la route, le Castle Eilean Donan devient flou, décevant, presque insultant, photo poche…



…bon pas si pire quand même…
Pendant ce temps-là le paysage continue, sans pause, sans pitié, du vert, des montagnes, des vues à couper le souffle, et moi qui souffle pour vrai parce que ça commence à être beaucoup, beaucoup de beauté, beaucoup de “wow”, beaucoup à gérer en une seule journée pour nous deux.
Direction Old Man of Storr, un endroit que j’espérais vraiment voir, un de ces lieux que tu reconnais avant même d’y être allé parce que tu les as vus mille fois en photo et que tu te dis “ça là, il faut que je le voie pour vrai”. Alors on commence la marche, ça monte tranquillement, le paysage devient de plus en plus spectaculaire et tu sens que tu t’approches du fameux rocher, celui qui surveille toute l’île… sauf qu’à un moment donné il faut aussi regarder l’heure, et l’heure, elle, n’est pas impressionnée du tout par le paysage.
Plus on monte, plus le calcul devient clair : si on continue jusqu’au bout, on sera en retard au restaurant. Et ça, dans un voyage, c’est un risque qu’on ne prend pas à la légère. PAS UN RESTAURANT !
Alors on avance encore un peu, juste pour s’approcher, comme si on pouvait négocier avec la montagne… mais non. On s’arrête. On regarde. Pis on décide de redescendre… fais chier.
Et là je vais être honnête : c’est frustrant. Parce que j’y étais presque. Vraiment presque. Mais pas assez pour dire “je l’ai vu”. Alors finalement, le Old Man of Storr… je ne l’ai pas vu. Pas le choix Bernard, faut y retourner !


On finit la journée à Neist Point, magnifique, évidemment, les images parlent d’elle même. Je serais restée des heures à contempler le moment. Quelle paix !



Le lendemain, ça recommence, mais un peu différemment, parce qu’à force d’être impressionnée la veille, tu deviens presque résistante au spectaculaire, Quiraing, Fairy Glen, des noms que je retiens à moitié parce que mon cerveau commence à ralentir le rythme, encore des vues, encore des courbes parfaites, encore des photos que je prends sans même vérifier si elles sont bonnes.
Et on finit ça à Portree, parce que rendu là plus rien n’a vraiment besoin de faire du sens, on s’assoit, on mange, on regarde les bateaux, et pendant que moi j’essaie encore de comprendre tout ce que j’ai vu depuis deux jours… toi Jonquille, t’es encore là, calme, stable, pas impressionnée, jamais dans le “encore”, jamais dans le trop, juste parfaitement à ta place alors que moi je cours après chaque moment comme si j’allais en manquer un.


















C’est pas beau à peu près non?
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C’est vraiment, vraiment beau. Merci de nous partager ça!
J’adore partager tout ça !