Chronique écossaise avec cinq vaches : Mme Jackson

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Mme Jackson

Je m’appelle Mme Jackson, je suis une vache Salers d’origine française et je suis la dernière de ces cinq chroniques, alors je prends le droit de m’exprimer…

Étrangement, beaucoup de routards s’arrêtent pour me parler d’Édimbourg… parce qu’ils arrivent de là… ou ils y vont… mais dans les deux cas… ils me font la jasette… comme si j’allais leur répondre… ben voyons…

Lorsqu’ils arrivent de la ville, les humains passent devant mon champ avec ce regard-là. Celui des gens qui viennent de voir beaucoup de choses d’un coup et qui ne savent plus trop par où commencer pour raconter.

Alors ils commencent toujours par le château d’Édimbourg, comme si ça pouvait m’intéresser… et pourtant… Un château posé sur un rocher, très haut au-dessus de la ville…

En dessous, il paraît qu’il y a des jardins : Princes Street Gardens. Les marcheurs s’y allongent dans l’herbe, regardent les nuages, parlent doucement. Ce moment-là, je le comprends très bien. Quand on s’arrête enfin, les choses commencent à avoir du sens. Croyez-moi. Nous, les vaches, on a compris ça depuis longtemps.

Ensuite, ils parlent des rues. Ils traversent la ville. Des rues qui montent. Des rues qui descendent. Des ruelles sombres. Des escaliers. Des cornemuses au coin des pierres. Des cafés, bien entendu. Surtout ceux qui s’appellent Milk. Les visiteurs semblent très heureux dans ces endroits-là. Ils n’en reviennent juste pas. Des fois, je m’attends même à ce qu’ils sortent leur album photo pour que je commente… ben voyons…

Et soudain, on me raconte qu’il y a un endroit où la ville devient presque la campagne.
Dean Village. Un espace caché, calme et hors du temps, avec des maisons en pierre, des ponts et une rivière qui traverse le quartier… Ben voyons ! Si ça existait, j’y serais !

Et il y a un autre château, un autre… ils appellent ça un palais, mais je n’y crois pas du tout… surtout lorsqu’ils me racontent l’histoire de ce lieu mythique…

Palace of Holyroodhouse. Là où vivait Marie Stuart, reine d’Écosse. Les gens racontent cette histoire avec beaucoup de soupirs, comme si tout le monde avait souffert énormément là-dedans. De plus, ils n’ont même pas le droit de prendre des photos à l’intérieur, parce que la princesse Anne d’Angleterre vient faire son tour de temps en temps… ben voyons…

Et, bien entendu… ce chien !
Le chien fidèle. Le chien devenu légende. Le chien qui a sa statue. Je tiens à dire que peu d’humains peuvent en dire autant. Greyfriars Bobby. Un chien qui aurait attendu son maître pendant des années près d’une tombe dans le cimetière de Greyfriars Kirkyard… ben oui… Je dois dire que rester longtemps au même endroit n’est pas forcément un exploit, mais les curieux ont l’air très touchés par cette histoire…

Moi, rester près d’un cimetière, à brouter, ça m’irait !

Puis ils parlent des bars. Des bars extraordinaires, paraît-il. Pleins de bois, de rires et de musique. Des endroits où les voyageurs restent longtemps à raconter leur journée.

Ils disent que les murs sentent le vieux whisky, que la musique sort de partout. Certains racontent même qu’on peut y rester des heures, simplement à écouter un accordéon, une guitare ou un joueur de cuillères qui surgit d’un coin de la pièce.

Au fond, les humains passent beaucoup de temps à refaire le monde. Nous, les vaches, on le regarde pousser.

Quand ils arrivent à la fin du récit d’Édimbourg, les routards deviennent un peu silencieux. Comme si la ville était encore dans leur tête, avec ses pierres, ses histoires, ses fantômes et ses musiques. Je les regarde alors. Et je me dis que cette ville doit être pleine de choses remarquables.

Et à un moment donné, ça arrive. Sans prévenir. C’est la fin. La fin du voyage en Écosse. Pas une grande explosion. Pas un moment spectaculaire. Juste… la fin. Et là, sans que je comprenne trop pourquoi, je pense à eux.

Moi, Mme Jackson. La vache ordinaire. Pas une Highland. Pas une légende. Pas une attraction. Juste une vache. Je comprends enfin quelque chose. Les châteaux, les reines, les chiens héroïques, les paysages spectaculaires… ça fait de très beaux souvenirs.

Mais la fin d’un voyage ressemble presque toujours à quelque chose de très simple.

Par exemple, une vache… ordinaire…

dans un champ.

P.-S. Ces humains sont très étranges. Ils n’ont pas pu résister : ils ont ramené une vache…

en peluche.

Et ils l’ont appelée Nora.
Ceux qui savent… savent.
BEN VOYONS !

(Toutes les photos sont de Lou, Bernard, Sylvain et Sophie)

Cet article a 4 commentaires

  1. lucie gagnon

    C’est si beau. Une chance que je t’ai pour apprécier tout ce que je ne peux pas voir en vrai. Surtout ces vieux pays chargés d’histoire.
    C’est magnifique!

    1. louarteau

      Tes commentaires m’incitent à continuer ! Merci xxx

  2. Christian Thomas

    Merci Lou

    Ton récit est adorable j’ai juste envie d’y aller! Xxx

    1. louarteau

      J’y retourne avec toi quand tu veux ! On se visite cet été mon ami xxxxxxxx

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