Du coup, c’est quoi le titre de ton article?

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– Ben, justement, j’en sais rien…

– Et c’est quoi l’idée de rajouter « du coup » cette expression française qu’on entend sans arrêt?

– Heu… parce que j’ai toujours rêvé de placer cette expression quelque part, du coup voilà.

ENT, 1985, studio de son

– Aujourd’hui c’est la Première des finissants du Conservatoire d’art dramatique de Montréal, une cohorte que j’ai plaisir à accompagner pour leur premier spectacle. C’est gratifiant de partager un peu de soi avec eux! Les rencontrer me fait réfléchir… à ma situation… à ma propre histoire… celle qui a commencé il y a quarante ans.

– Pour vrai ?

– J’ai réalisé que cette année marquait mon 40ᵉ anniversaire de métier… de carrière… appelle ça comme tu veux. Parce que ça se fête, ça se partage, par ce que je n’y croyais pas beaucoup à cet avenir. Et j’ai juste envie de leur dire que tout est possible.

J’ai terminé mes études en 1985. Durant cet été là, je n’ai pas de travail. Rien. Et pourtant, quelques semaines avant la graduation, je passe trois entrevues pour des postes dans des théâtres d’été. Même réponse partout: « On cherche un jeune homme, tu comprends, le boulot est très physique »
Trois fois la même phrase, comme s’ils s’étaient tous consulté.

De retour chez mes parents à Québec,ma ville natale, j’ai encore de l’espoir. Je compte sur le Festival d’été de Québec, le festival qui m’a permis de rêver trois ans auparavant. Mais là encore, déception. Le directeur me dit : « Tu comprends, ici, on priorise surtout des gens de Québec. Toi, et bien… tu habites à Montréal maintenant… alors non, pas vraiment de place pour toi…ici.

Je suis une finissante d’une école de théâtre et je n’aurai pas de boulot du reste de ma vie. Voilà ce que je crois. Et pourtant, je suis bonne, solide et forte et…

J’ai gradué le 3 mai 1985.

Premier défi : m’habiller correctement pour la cérémonie. Clairement, en regardant les rares photos que j’ai de cette journée, c’était pas gagné. J’ai beau mettre ça sur le compte de l’époque…que l’on nommait « disco »…disons que j’avais un besoin évident d’être remarquée. Et sur ce plan-là, je n’ai pas raté mon coup.

J’ai reçu mon diplôme, j’ai bien fêté, et je suis rentrée à pied, probablement un peu titubante dans le milieu de la nuit. J’habitais à moins de quinze minutes de l’école. Avec ma jolie robe jaune serin et mes bas en dentelle noire, on me remarque. Un peu trop. Un inconnu croit que ma robe est une invitation. Mauvaise lecture.

Alors après avoir monté les marches extérieures de mon petit 4 1/2 sur la rue St-Hubert, , l’homme qui me suivait a visiblement décidé qu’il manquait d’action. Il a attendu que je déverrouille ma porte intérieure au 3e pour se jeter sur moi. Je me suis retrouvée au plancher, plaquée au sol comme une boxeuse, mise définitivement K.O.

Si ce n’était pas de ma colocataire qui avait un mal de dents qui lui faisait mal au point de ne pas dormir, le bruit du serin jaune qui tombe par terre l’a rendue agressive. En voyant la scène, elle a compris ce qui se passait, et lui aussi. Oups ! Il n’avait rien gagné à me suivre. J’imagine qu’Il n’a pas vu la couleur des deux escaliers en redescendant… Ma coloc n’aimait pas spécialement la boxe mais depuis… elle en a fait son passe-temps favori. Du monsieur en question?…j’ai eu droit à un… « Sorry » Tant pis pour lui, j’ai rien assimilé. Pas parce que je ne comprenais pas l’anglais… mais surtout parce que j’étais inconsciente sur le sol. ATTENTION, je ne minimise pas du tout l’événement. Et je pense qu’à l’époque j’ai fait beaucoup de déni. J’ai bien vomi ma vie cette nuit-là et j’ai dû me réfugié chez mes parents à Québec durant une ou deux semaines par la suite. Tout ça m’a habité durant un bon moment. Mais, avec le recul, je me dis que cet incident a sans doute contribué à ma détermination à réussir. 

– Wow, j’imagine que tu ne souhaites rien de tout ça à tes finissants pour réussir? C’est quoi le lien ?

– Il n’y en a pas. Évidemment que je ne leur souhaite rien de tout ça…Mais je les vois plein de doutes et se questionner, vais-je travailler lorsque je terminerai ? J’avais les mêmes doutes et c’est tout ce qui me reviens en tête. Un début cahoteux et inquiétant. Ils vont commencer une nouvelle étape, 40 ans après moi… et ce sont mes nouveaux jeunes amis. La vie est bienvaillante et il faut y croire. C’est tout.

Cette année, ça fait 40 ans que j’ai terminé mes études… et que je travaille dur… depuis septembre 1985! Bien sûr, les mauvaises langues vont vous dire que j’exagère et que je laisse entendre que je vais bientôt arrêter, même certains d’entre eux vont vous dire que je raconte la même chose depuis que j’ai eu mon 40e anniversaire de naissance. Mais ce n’est pas vrai, c’est juste pour faire jaser un peu, histoire de pimenter les conversations. Comme si 40 est un chiffre envoûtant.

Du coup, 40 ! Ça devrait être le titre de mon article.

À ma sortie de l’école en 1985

Cet article a 6 commentaires

  1. Jean-Marie Gardien

    J’adore ta photo de 1985 !! Très surpris de lire que tu reprends contact avec le monde de l’éducation !… Content pour toi si c’est ce qui t’apporte du bonheur ! Câlin.

    1. louarteau

      Le monde de l’éducation, je ne sais pas, mais les étudiants c’est toujours stimulant !

  2. Lucie Gagnon

    Très beau parcours ma sœur. Je connaissais pas l’événement malencontreux de la robe jaune, mais je reconnais bien le beau salon de notre mère, dans lequel on avait peu d’accès un temps. T’es belle !

    1. louarteau

      Belle avec la robe jaune…. ouf pas certaine. hahaha

  3. marie-claude taillon

    40 ans… c’est comme si c’était hier!… Bonne suite mon amie! mais pour la robe jaune, pas sûre! Hi! hi!

    1. louarteau

      Tu as bien raison !

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